EXERCICE DE LA MÉDECINE ET ORGANISATION DES HÔPITAUX PENDANT L’ÂGE D’OR DE LA MÉDECINE ARABO-ISLAMIQUE

Sinân lbn Thabet (début du Xème siècle) est connu comme le promoteur et le premier organisateur des hôpitaux en terre d’Islam. Il fut aussi le premier grand législateur des professions médicales et paramédicales. Désormais, avec Sinan, l'étudiant en médecine suivra un enseignement théorique et pratique, passera un examen final et prêtera le serment d'Hippocrate avant d'exercer sous le contrôle de l'état. Les professions médicales et paramédicales allaient avoir désormais leurs ordres spécifiques: les pharmaciens-droguistes (Sayadila) les parfumeurs (Attarün) les fabricants de sirop (Sharabiyyûn), les médecins vétérinaires (Baytariyûn), les phlébotomistes (Fasidon), et les ventouseurs (Hapamún) enfin les oculistes (Kahallûn), les chirurgiens (Jarrahûn) et les orthopédistes (Mojabbirûn). Ily avait aussi le chirurgien dentiste (Tabib al Asnani) et le psychiatre aliéniste (Tabib al majanine). Voici ce que disait a ce propos, le traité de Shayzari, au XIIèmesiècle: « il incombe à l'inspecteur de faire prêter le serment d'Hippocrate (Ahd Abbiqrat) à tous les médecins et de les faire jurer de ne prescrire à personne un remède nuisible, de ne pas composer un poison, ni de le prescrire, de ne pas prescrire aux femmes un médicament causant I’avortement, ni aux hommes un médicament causant la stérilité. Ils doivent détourner leurs regards des femmes du harem et quand ils entrent dans la maison du malade, ne pas divulguerles secrets et ne pas déchirer un voile ». Puis l'auteur passe en revue chacune des spécialités médicales de l'époque. «Le médecin doit posséder tous les instrumentsmédicaux au complet, qui sont les pinces pour les dents, les cautères pour la rate, les pinces pour les sangsues, les entonnoirs pour les lavements en cas de colique et pour le membre, le pessaire pour les hémorroïdes, le spéculum pour les narines, le butoir pour les fistules, le polissoir de plomb, le spéculum de la matrice et des verges, la compresse pour l'asthme, le perforateur pour la pleurite, et d'autres instruments pour les oculistes chirurgiens. Il incombe à l inspecteur d'examiner les médecins selon les préceptes de Galien et personne ne doit passer cet examen quine remplisse ces conditions…»

«Quant aux oculistes, l'inspecteur doit les examiner d'après le livre de Honayn Ibn Ishaq, c'est-à-dire «les dix discours sur l'œil». A celui qu'il trouve à l'examen versé dans I'anatomie des sept tuniques de l'œil et de ses trois humeurs, de ses trois maladies et des subdivisions de ces maladies, qui sait composer les collyres secs, et qui connaît les mélanges des drogues, l'inspecteur doit délivrer I’autorisation de soigner les yeux. Il ne doit pas négliger le soin des instruments de sa spécialité comme les crochets pour le pannus (sabal), le ptérigion(zafar), le racleur du trachome (jarab), les lancettes de la phlébotomie, les boîtes pour les sondes à collyres et autres...»

 

Ouant aux rebouteux (Mojabbirün) orthopédistes, aucun d'eux ne doit exercer sa profession sans qu’on ait constaté préalablement sa connaissance du sixième livre du traité de Paul d'Égine sur la réduction des fractures. Il doit connaitre le nombre des os humains, qui sont au nombre de deux cent quarante-huit, et la forme et la grandeur de chacun d’eux afin qu'il soit capable en cas d'une fracture ou luxation, de la réduire à sa forme antérieure. «Quant aux chirurgiens, il leur faut la connaissance de Galien sur les plâtres et les emplâtres ils doivent connaitre aussi l'anatomie, les organes du corps humain et leurs muscles, veines, artères et nerfs. pour les éviter en cas d'incision, d'abcès ou d'excision d'hémorroïdes.llsdoivent avoir aveceuxunecollection de lancettes à pointes arrondies et à pointes obliques, des lances, la hache pour le front, la scie pour l'amputation, le perforateur pour l'oreille, la lancette feuille-de-rose pour les athéromes, une boite d'emplâtres et le remède d'oliban qui arrête les hémorragies...»

La compétencedes médecins était réglementée et contrôlée par le «muhtassib», sorte de régent des métiers qui s'entourait dans l'exercice de ses fonctions de l'avis d'une commission appropriée à chaque discipline. Car il ne s'agissait pas seulement de contrôler les médecins, mais aussi les barbiers, les parfumeurs, les artisans dans la cosmétique et les soins pour les yeux, les droguistes, les herboristes et les pharmaciens. Pour ces derniers, la règlementation existait à vrai dire déjà du temps de Yuhanna Ibn Massawaih. Elle était le fait des « arifs », qui avaient pour mission de contrôler les fraudes dans les préparations médicamenteuses. Les fonctions de muhtassib étaient dévolues au plus méritant des praticiens, sans distinction de confession, c'est ainsi que deux des plus grands muhtassibs furent les chrétiens Honayn lbn Ishaq et Sinân Ibn Thabet. Sinân fut chargé également par le vizir Ali Ibn Issa de créerun service médical modèle pour les troupes en campagne et un corpsde médecins pour les services pénitentiaires,qui dispenseraientleurs soins aussi bien aux musulmans qu'aux non-musulmans. Au XI siècle, apparaîtront de plus les premières cliniques ambulantes destinées aux populations rurales. Le point de départ de toutes ces institutions fut la missive suivante adressée par le ministre Ah Ibn Issa à Sinân Ibn Thabet. «J'ai réfléchi, disait ce vizir, sur la situation des troupes. En raison de leur nombre et de leur éloignement des grandscentres,il doit y avoirbeaucoup de malades manquant du nécessaire. Il faut que des médecins leur soient spécialement affectés, qu'ils les visitent chaque jour pour leur distribuer des médicaments et des boissons, qu'ils aillent dans tous les corps de troupes soigner les malades et se rendrecomptede leurs besoins ».. ai pensé que les campagnes doivent avoir aussi des maladies manquant de médecins pour les soigner. Il faut leur en envoyer avec des provisions de médicaments; qu'ils séjournent dans chaque localité le temps nécessaire et qu’ils se transportent partout !! » 

 

Mon père, dira Sinân se conforma à ces ordres. Cependant les médecins qu’il avait envoyés arrivèrent à Saoura dont la population était presque entièrement juive. D’autre part, on lui écrivait des campagnes, que les malades étaient très nombreux et qu'aux environs de Nahr Al Malek, les Juifs, qui étaient en majorité, réclamaient aussi des soins. Mon père transmit ces nouvelles et demanda ce qu'ilfallait faire.Ne connaissant pas les intentions du vizir, il lui rappelait que les règlements des hôpitaux accordaient des secours aux «Zimmis» aussi bien qu'aux musulmans. Le vizir répondit: J'ai compris ce que tu m'as écrit et ton avis est le mien.» 

Et Sinân d'ajouter : «Les dépenses des hôpitaux reposaient sur un immeuble engagé par la mère d'AI Mutawakil, mais une partie des revenus appartenait aux Beni Hachem.Orl'administrateur Abû Sahr, favorisait les Beni Hachem au détriment des hôpitaux. Mon père en informa le vizir Ahmed Ibn Issa et lui apprit que les malades manquaient de charbon, d'approvisionnements et de vêtements. Une lettre sévère fut ainsi adresséeà l'administrateur Abû Sahr lui enjoignant de donner strictement aux hôpitaux la part qui leur revenait. «En l'année 306 de l'Hégire, mon père ouvrait aussi l'hôpital dit «Esseida» (fondé sans doute par une princesse abbasside) pour lequel on dépensait chaque mois 600 dinars. Lad

 même année,mon père engageait le Calife à fonder un hôpital qui porterait son nom. Al Moktader y affecta un revenu de 200 dinars par mois. » Sinân Ibn Thabet, qui servit successivement les Califes Al Moktadir, Al Kaher et Erradhi Billah, fut surtout chargé par le premier de créer et d'organiser les hôpitaux. Il est également connu pour ses ouvrages de physique, d'astronomie et de philosophie, une philosophie néoplatonicienne. Sinân embrassal'Islam sous le règne du Calife Al Kaher, et mourut musulman à Bagdad vers 946 ap. J.-C./331 de l'Hégire. 



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