TUMEURS DES GLANDES SALIVAIRES PRINCIPALES CHEZ LE SUJET ÂGÉ PRIS EN CHARGE AU CHU TLEMCEN

RÉSUMÉ :

Introduction : La pathologie tumorale des glandes salivaires constitue une entité relativement rare, elle représente 3 à 5% des tumeurs de la tête et du cou. Le pic d’incidence se situe entre 60 et 70 ans, avec une moyenne autour de 45 ans et une légère prédominance féminine. L’objectif de notre travail est de rapporter, les particularités de la pathologie tumorale des glandes salivaires principales chez le sujet âgé de 60 ans et plus pris en charge au sein du CHU de Tlemcen. Patients et Méthodes : Etude descriptive à recueil prospectif, réalisée dans le service ORL du CHU de Tlemcen sur une période de 03 ans (2018 - 2020) ; portant sur des malades ayant des tumeurs des glandes salivaires principales, dont l’âge ≥ 60 ans. Résultats : Un total de 13 malades a été inclus. L’âge moyen était de 71,30 ans avec des extrêmes de 60 à 92 ans. Cette pathologie est non négligeable, représentant 22,8% des cas, tout âge confondu. L’incidence annuelle était de 4 à 5 cas. Une prédominance masculine à 61,5%, a été notée. Un retard de diagnostic a été constaté (51 mois en moyenne). Une localisation parotidienne pour la totalité des malades avec un caractère bilatéral dans 23% des cas. Les tumeurs étaient pour la plupart des cas : de forme ovalaire (07/13 cas), mobiles (09/13 cas), non douloureuses à la palpation (08/13 cas), ayant un aspect cutané normal (10/13 cas) et une consistance dure (08/13 cas). Une prédominance de l’adénocarcinome a été retrouvée pour les tumeurs à caractère malin.

Conclusion :

Les tumeurs des GSP demeurent une pathologie intéressante en général et en particulier chez le sujet âgé de 60 ans et plus à Tlemcen nécessitant une meilleure connaissance de la part de la population générale ainsi que le personnel de santé.

MOTS CLÉS : Tumeur, Glande salivaire, Parotide, Sujet âgé, CHU Tlemcen.

 

ABSTRACT :
Introduction : The tumor pathology of the salivary glands (SG) is a relatively rare entity; it represents 3 to 5% of the tumors of the head and neck. The peak incidence is between 60 and 70 years, with an average around 45 years and a slight female predominance. The objective of our work is to report, the peculiarities of the tumor pathology of the main salivary glands (MSG) in the subject aged 60 and over supported within the Tlemcen UHC. Patients andmethods : Descriptive study at prospective collection, carried out in the ORL service of Tlemcen UHC over a period of 03 years (2018 - 2020) ; on patients with MSG tumors, whose age ≥ 60 years old.

Results : A total of 13 patients has been included. The average age was 71.30 years with extremes of 60 to 92 years. This pathology is not insignificant, representing 22.8% of cases, any age confused. The annual incidence was 4 to 5 cases. Male predominance at 61.5%, was noted. A diagnostic delay has been found (51 months on average). A parotidal location for all patients with a bilateral character in 23% of cases. The tumors were for the most part cases : of oval form (07/13 cases), mobile (09/13 cases), non-painful palpation (08/13 cases), having a normal cutaneous appearance (10/13 cases) and a hard consistency (08/13 cases). A predominance of adenocarcinoma has been found for malignant tumors. Conclusion : MSG tumors remain an interesting pathology in general and in particular in the subject 60 years of age and over at Tlemcen, requiring a better knowledge of the general population as well as health personnel.

KEYWORDS : Tumor, Salivary gland, Parotid, Elderly subject, Tlemcen UHC.

INTRODUCTION :

La pathologie tumorale des glandes salivaires (GS) constitue une entité relativement rare, elle représente 3 à 5% des tumeurs de la tête et du cou. Le pic d’incidence se situe entre 60 et 70 ans, avec une moyenne autour de 45 ans et une légère prédominance féminine[1]. Plus de 95% des tumeurs des glandes salivaires surviennent chez l’adulte[2], ces tumeurs sont épithéliales dans environ 95 % des cas et bénignes pour 66% d’entre elles[3]. Les tumeurs des glandes salivaires principales (GSP) peuvent provoquer un préjudice esthétique et psychologique pour le patient, en plus d’une gêne physique. Elles impliquent différents moyens diagnostiques cliniques et paracliniques pour assurer une prise en charge efficace et complète, permettant ainsi d’augmenter les chances de guérison et de diminuer le risque de rechute et des récidives[4]. L’objectif de notre travail est de rapporter, les particularités de la pathologie tumorale des glandes salivaires principales chez le sujet âgé de 60 ans et plus pris en charge au sein du CHU de Tlemcen.

PATIENTS ET METHODES :

Il s’agit d’une étude descriptive à recueil prospectif, réalisée dans le service ORL du CHU de Tlemcen sur une période de 3 ans, allant du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2020. Les critères d’inclusion étaient : L’âge (≥ 60 ans), le siège de la tumeur (glande salivaire principale) et le lieu de résidence.

RÉSULTATS :

Description de la population de l’étude Treize malades ont fait l’objet de notre étude dont l’âge était ≥ 60 ans. 1. Age : L’âge moyen était de l’ordre de 71,30 ± 10,17 ans avec des extrêmes allant de 60 à 92 ans. La tranche d’âge la plus touchée était de 60 à 69 ans (Tableau 1)

2. Genre humain :
Une prédominance masculine a été notée à 61,5% soit huit cas, contre 38,5% du genre féminin soit cinq cas, le sexe ratio Homme (H)/Femme (F)=1,6 (figure 1).

3. Lieu de résidence :

La plupart de nos patients venaient de la wilaya de Tlemcen, sauf un venait de la wilaya de Saida.

Aspects cliniques des tumeurs des GSP

1. Signes d’appel :
La tuméfaction était le motif de consultation majeur pour 61,5% des malades, elle était associée à une douleur isolée dans 23% des cas, à une douleur et une paralysie nerveuse dans 15,5% des cas (Tableau 2).

2. Délai entre l’apparition des signes et la première consultation :

Le délai moyen entre l’apparition des signes et la première consultation était de 51,61 ± 36,15 mois (Tableau 3).

3. Caractéristiques cliniques des tumeurs (voir tableau 4) :

Toutes les tumeurs ont siégé au niveau de la glande parotide avec une localisation bilatérale dans 23% des cas. La forme ovalaire a été la plus retrouvée (54%). Les tumeurs étaient mobiles par rapport au plan profond et superficiel pour 69,23% des cas.
La peau de recouvrement des tumeurs était d’aspect normal dans 75% des cas. Deux cas de tumeurs extériorisées, et un cas de peau d’aspect inflammatoire.
Les tumeurs étaient de consistance dure chez 61,5% des cas, et sensibles chez 38,5% des cas.

Dans notre série, les tumeurs bénignes étaient en nombre de neuf (H : 05, F : 04). Les tumeurs malignes étaient en nombre de quatre (H : 03, F : 01).
Concernant le type histologique, l’adénocarcinome (ADK) était le plus retrouvé pour les tumeurs malignes avec une prédominance masculine.
Pour les tumeurs bénignes l’adénome pléomorphe (AP) était le plus retrouvé avec une légère prédominance féminine, suivi par la tumeur de Warthin (TmW) qui était un peu plus fréquente chez les hommes (figure 2).

Attitude thérapeutique devant les tumeurs des GSP

1. Traitement

Dans notre série, tous nos malades ont bénéficié d’une parotidectomie :
- Exo-faciale pour 30,8% des cas.
- Totale conservatrice du nerf facial pour 38,4% des cas.
- Totale avec sacrifice du nerf facial pour 30,8% des cas, et curage ganglionnaire cervical pour 75% des cas ; ces derniers ont bénéficié également d’une radiothérapie complémentaire.

2. Complications post-thérapeutiques

Sur un total de 13 malades, 03 seulement ont présenté des complications post-thérapeutique dont un malade avait une récidive, un cas d’hypoesthésie du lobule de l’oreille et un cas de sialocèle.

DISCUSSION :

Les particularités des tumeurs des GSP chez notre population âgée entre 60 et 92 ans, prises en charge au niveau du service ORL du CHU de Tlemcen, se résument en : Une pathologie non négligeable, représentant 22,8% parmi les cas ayant cette pathologie, tout âge confondu. Une incidence annuelle de 4 à 5 cas (parmi environ 19 à 20 cas pris en charge annuellement, tout âge confondu). Une prédominance masculine et un âge moyen de 71,30 ans. Un retard de diagnostic avec un délai moyen entre l’apparition des signes et la première consultation de 51,61 mois. Une localisation parotidienne pour la totalité des malades avec un caractère bilatéral dans 23% des cas. Des tumeurs, pour la plupart des cas : de forme ovalaire, mobiles, non douloureuses à la palpation, ayant un aspect cutané normal et une consistance dure. Une prédominance de l’adénocarcinome pour les tumeurs à caractère malin. Les tumeurs des GS restent rares et leur incidence est faible comme montre la littérature [1]. Il existe une nette prédominance masculine chez 61,5% de nos malades, ce qui est discordant avec les résultats retrouvés dans d’autres études s’intéressant à la pathologie quel que soit l’âge, où une prédominance féminine a été notée au Maroc à 59% des cas[5], au Portugal à 52% des cas[6] et aux USA à 57% des cas[7]. Les caractéristiques cliniques retrouvées (signes d’appel, topographie et morphologie des tumeurs), se rapprochent des données de la littérature[2, 8, 9]. Le délai moyen entre l’apparition des signes et la première consultation était prolongé, montrant un retard de diagnostic chez la population étudiée de 60 à 92 ans, ceci peut être rapporté à la prédominance masculine, les hommes contrairement aux femmes ne s’inquiètent pas assez pour leurs états de santé ni pour leurs apparences esthétiques. Histologiquement, 2/3 des tumeurs étaient bénignes contre 1/3 de tumeurs malignes, ce résultat est similaire aux données de la littérature[3,10]. Les tumeurs malignes prédominent chez le genre masculin d’âge avancé (≥ 79 ans) et pour les tumeurs bénignes, la prédominance masculine n’était pas assez évidente, ces résultats sont concordants avec la littérature[3, 9, 11]. Concernant l’attitude thérapeutique envers nos malades, elle dépendait des caractéristiques cliniques et histologiques des tumeurs. Les complications post-thérapeutiques constatées chez nos patients à savoir : La récidive d’une tumeur maligne dont le curage ganglionnaire cervical n’a pas été fait à cause d’une raideur cervicale très importante et la radiothérapie faite très tardivement. L’hypoesthésie du lobule de l’oreille et la sialocèle étaient temporaires. Ces mêmes complications ont été décrites dans la littérature[2].

CONCLUSION :

Les tumeurs des GSP restent une pathologie non négligeable en général et en particulier chez le sujet âgé de 60 ans et plus à Tlemcen. Nous n’avons pas retrouvé d’étude similaire à l’échelle locale ou même nationale, étudiant une pathologie non seulement rare et ciblant une population âgée et vulnérable. Notre étude nécessite d’être multicentrique et poursuivie sur une durée plus longue ainsi que sur une population de taille plus importante, afin d’avoir de meilleures connaissances sur cette pathologie. Conflits d’intérêt Les auteurs ne déclarent aucun conflit d’intérêts

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES :

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2. P. Bonfils, « Tumeurs des glandes salivaires », EMC - Oto-Rhino-Laryngol., vol. 2, no 2, p. 1-18, janv. 2007, doi : 10.1016/S0246- 0351(07)46829-5.
3. S. Boisramé-Gastrin, M. Legens, et Y. Roche, « Pathologie des glandes salivaires: lithiases et tumeurs », EMC - Traité Médecine AKOS, vol. 6, no 3, p. 1-8, janv. 2011, doi : 10.1016/S1634-6939(11)53020-0.
4. M. Seqqat. La prise en charge des tuméfactions des glandes salivaires principales. Univ. Sidi Mohammed Ben Abdallah FES. Thèse N: 067/17, p.244.
5. F. Malika. Les tumeurs des glandes salivaires, étude épidémio-clinique et corrélation anatomoradiologique : étude rétrospective à propos de 148 cas Pan African. Medical Journal. 2014; 19:187.
6. P. Jorge. Histological Subtypes and Clinical Behavior Evaluation of Salivary Gland Tumors Acta Med Port 2018 Nov;31(11):641-647. 7. S. Sajad. Diagnostic Challenges and Problem Cases in Salivary Gland Cytology: A 20-Year Experience Cancer Cytopathology Month 2017.
8. Paris J, Zanaret M. Bilan d’une tumeur parotidienne isolée. Ann OtolaryngolChirCervico-facial 2004 ;121 :251-6.
9. Chqormani A. Etude épidémiologique et anatomopathologique des tumeurs des glandes salivaires au sein du service d’anatomie pathologie CHU Mohammed VI Marrakech. Thèse 081;2020; p. 117.
10. Targa-Stramandinoli R, Torres-Pereira C, Piazzetta CM, GiovaniniAF, Amenabar JM. Minor salivary gland tumors: a 10-year study. Acta Otorrinolaringol Esp 2009 ;60 :199-201.
11. Auriol M, Le Charpentier Y. Anatomie pathologique des lésions tumorales de la cavité buccale, des glandes salivaires et des maxillaires. EMC (Elsevier Masson SAS, Paris), Stomatologie, 22-011-S-10, -12, 1997.

 



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