La paralysie faciale selon IBN SINA

Dans le deuxième chapitre, du troisième livre du «CANON», Ibn Sina décrit avec pertinence la paralysie faciale. Il l'a défini comme «Une affection motrice de la face» tout en distinguant la paralysie flasque de la paralysie spasmodique. Il fait une description magistrale des signes annonciateurs : «L'homme ressent une douleur dons le squelette de la face, un engourdissement de sa peau et des frémissements répétés» en ajoutant plus loin que «La paralysie faciale peut être la menace d'une hémiplégie et souvent la menace d'une apoplexie». La description clinique est d'une étonnante précision : «L'aspect normal du visage change, le bon contact des lèvres disparaît, ainsi que celui des paupières et ceci d'un côté...

Le souffle et le crachat tombent d'un seul coté, et le malade ne peut retenir par sa bouche l'air ou la salive, d'un seul côté».

Pour connaître le côté atteint IBN SINA dit : «Quand on pousse le côté sain il revient facilement à sa forme habituelle alors que le côté atteint est corrigé par la main». Continuant sa description clinique il dit : «Les mouvements s'affaiblissent, les sens se troublent et on ressent dans la peau une flaccidité, ainsi que dans le muscle, alors que la paupière inférieure est abaissée». Fait étonnant encore, IBN SINA était le premier a avoir fait la distinction nette entre la paralysie faciale périphérique et la paralysie faciale d'origine centrale.

En effet dans le chapitre intitulé «de la correction de l'humeur du nerf» il fait la description suivante : «Sache que si l'affection et la matière qui font la paralysie d'un coté proviennent des ventres du cerveau, alors tout l'hémi-corps et toute l'hémi-face sont paralysés... mais si ce n'est pas du cerveau mais du nerf alors est paralysé uniquement ce qui appartient à ce nerf soit dans sa totalité ou sa moitié ou seulement une partie car est paralysé que ce qui se meut par lui».

Concernant toujours cette paralysie périphérique il énumère un bon nombre de causes : telle que la compression par traumatisme, par une tumeur ou par une section du nerf. Pour cette dernière cause il dit : «Si elle est en longueur elle ne provoque pas de paralysie mais si elle est en largeur elle la provoque» précise-t-il.

Quant au pronostic IBN SI NA donne une limite au-delà de laquelle il n'y a plus aucun espoir de récupération en indiquant : «Toute paralysie faciale qui dépasse six mois, ne peut être corrigée».

Un gros chapitre est consacré au traitement :

• D'abord il décrit des prescriptions multiples et variées de médicaments pour la plupart des plantes médicinales préparées à base de vinaigre et de miel, deux substances très th ères à IBN SINA.

• A côté de cela, il énumère plusieurs moyens très utiles, même de nos jours et que certains identifient à des médications modernes.

Ainsi il dit : «la matière qui provoque la paralysie faciale se trouve dans les racines du nerf et des muscles de la face, pour ce il est préférable d'utiliser les médicaments de rougeur», les auteurs modernes assimilent plus au moins ces médicaments aux vasodilatateurs.

• Par ailleurs, il conseille la cautérisation juste derrière l'oreille, zone qui correspond à l'émergence du nerf facial du trou stylo-mastoïdien, et qui aurait le même effet.

• Il préconise également le massage de la tête et du cou, et l'utilisation de mastiques (genre shwing-gum) à mâcher du côté atteint.

Il ordonne aussi de se regarder journellement dans la glace et de redresser le côté para lysé par la main.

• Concernant le traitement chirurgical, IBN SINA dans le quatrième livre et sous le titre d'«ARTICLE QUATRIEME : de la désunion du nerf», il aborde la suture du nerf bout à bout «et si la plaie du nerf est en largeur, il n'y a que la suture».

IBN SINA a-t-il appliqué cette méthode ?

Rien ne le prouve. Mais cette technique a été répandue en France et ailleurs grâce au grand chirurgien français du XIVe siècle GUY DE CHAULIC (1300-1368). Ce chirurgien a décrit cette technique dans son traité «LA GRANDE CHIRURGIE» En effet à la page 262 de l'édition de 1592 à Lyon au niveau du quatrième chapitre intitulé «DE l'INCISION DES NERFS » on trouve là phrase suivante : «Ainsi le veut Avicenne : si le nerf est rompu en sa largeur il est donc nécessaire de le coudre». Cette phrase n'est que la traduction fidèle du mot d'IBN SINA de la suggestion citée plus haut.

La première page du chapitre consacré à la paralysie faciale dans le CANON. (Edition de Rome, 1593).