L’Allergie à la chenille processionnaire ou Erucisme

On parle de lépidoptérisme lors du contact avec le papillon

Classification

La chenille processionnaire appartient à la :

• Classe : insectes

• Ordre : lépidoptéres

• Famille : notodontidae

• Sous famille : thaumatopoienae

• Genre : thaumatopoae (T)

• Espèce : T pytiocampa

Généralités

En latin, pityocampa signifie «chenille du pin» (campa = chenille, pityo = pin) et thaumetopoea signifie «qui vénère la verdure» (thaumeto = vénérer, poea = herbe) Il existe plusieurs espèces (9) difficiles à différencier, les plus fréquentes en Algérie sont : T haumetopoea pytiocompa qui colonise surtout le pin d’Alep (pinus alepensus), le pin maritime (Pinus pinaster Ait.) et le cèdre de l’Atlas (Cedrus atlantica Carr.), La Thaumetopoea processionae colonise le chêne. La Thaumetopoea pytiocampa est considéré comme l’un des plus grand dévastateur et défoliant de forets en Algérie. Il a été et est un frein considérable à la vie et au maintien du barrage vert depuis plusieurs décennies. Considéré comme un fléau national en Algérie et combattu par les services des forets. Plusieurs campagnes nationales d’éradication ont été lancées sans en venir à bout. Sa progression en constante augmentation grâce au réchauffement climatique, son cantonnement au niveau des zones urbaines font de lui actuellement un problème de santé publique eu égard à la symptomatologie qu’il engendre.

Cycle de développement de TP :

Le cycle de développement de la chenille processionnaire du pin Thaumetopoea pityocampa se divise en deux principales étapes : Une phase aérienne et une phase souterraine.

L’appareil urticant

Les chenilles processionnaires du pin peuvent être pathogènes pour l’homme et les animaux. Elles sont munies de poils urticants provoquant des lésions par contact direct, et indirectement, par voie aérienne (vent). Ces poils apparaissent dés le troisième stade larvaire. Ils sont regroupés au niveau de réservoirs le long de l’abdomen. Appelés miroirs, ces réservoirs libèrent les poils quant la chenille se sent agressée. Chaque poils urticant a la forme d’un harpon spiculé rendant son extraction difficile.

Fabre (1899) est le premier à avoir montré que le poil, en plus de son action mécanique d’implantation, devait posséder une substance irritante. Valette et Huidobro (1954) ont mis en évidence le pouvoir histaminolibérateur des poils urticants. Werno et al., 1993 ont émis la suspicion d’un phénomène d’allergie spécifique Vega et al. (1997) ont décrit le premièr

cas de réaction anaphylactique IgEdépendante. Werno et al., 2002 ; Bourgeois, (2003) Ont démontré que la thaumatopoéine était responsable d’une réaction inflammatoire non spécifique (méthode d’Orvary) Physiopathologie : Différentes études ont permis de classer de les réactions aux poils urticants, de simple réaction inflammatoire en réaction inflammatoire et réaction allergique IgE dépendante, de type I dans la classification de Gell et Coombs.

1- Réaction inflammatoire non spécifique par l’activation de mastocytes (rôle inflammatoire des débris de chitine).

2- Réaction allergique suite a des contacts réitérés avec la thaumatopoiëne.

Clinique

Les signes cliniques surviennent en général lors du premier contact soit Direct : avec la chenille ou les nids Indirect : sol, animaux…. Voie aérienne : poils aéroportés. Quatre (4) sortes d’expositions sont alors possibles :

• Contact cutané

• Contact oculaire

• Contact par inhalation

• Contact par ingestion.

Contact cutané

Il se traduit par une dermite de contact survenant une à quatre heure après contact réalisant la «dermite des chenilles» caractérisée par : Une éruption erythémato-papuleuse, très prurigineuse parfois douloureuse siégant sur les zones découvertes : bras et avant-bras, dos des mains, espace interdigital, et surtout le cou, le visage et l’oreille, parfois sur le tronc (Vega et al 2011). Les papules persistent trois à quatre jours, puis sont remplacées par des macules brunâtres qui disparaissent en 1 à 2 semaine.

Contact oculaire

Développement après 1 à 4 heures d'une conjonctivite avec : Sensation de brûlure, vive, unilatérale avec : prurit intense, larmoiement, photophobie rougeur, œdème conjonctival, et ou palpébral. Ces symptomes sont éxacerbés par le frottement des yeux et les mouvements oculo palpébraux. la persistance d’un poil urticant au niveau de la conjonctive réalisera quelques jours plus tard un nodule conjonctival (infiltrat de cellules inflammatoire : lymphocytaire et cellules géantes).

Complications oculaires

Souvent tardives à type de Nodules conjonctivaux Uveites, Choriorétinites Ces lésions peuvent être graves voire cécitantes(dans de rares cas).

Contact par inhalation

La pénétration de ces poils au niveau du tractus respiratoire va entrainer des éternuements, des maux de gorge avec souvent une déglutition difficile, Des bronchospasmes et des bronchites.

Contact par ingestion

Il est rare chez l’homme, se voit surtout chez les animaux. Il se traduit par une inflammation des muqueuses digestives avec une hypersalivation, des vomissements ainsi que des douleurs abdominales, souvent grevés de complications tardives à type de nécrose de la langue (chiens et chats). (Faulds et Doetchs 2005, Utical et al 2008, Marrona et al 2008).

Chez les personnes prédisposées :

Atopiques, Asthmatiques, jeunes enfants, Contacts répétées (forestiers, pompiers ,militaires ) Soit immédiatement après le contact, Soit : 2 à 12 h après. On peut avoir des éruptions cutanées avec un prurit violent et un œdème laryngé. Dans les cas sévères, on peut avoir un cÒhoc anaphylactique mettant en danger la vie du patient ; se traduisant souvent par une urticaire, un angioedéme (bouche et gorge), une transpiration, des difficultés respiratoires (bronchospasme). Une hypotension, une tachycardie, et perte de connaissance.

Diagnostic positif

Il repose sur 1- Interrogatoire minutieux 2- Tests Cutanés 3- Recherche des IgE spécifiques: Tho p 1.

Traitement

En cas de contact cutané :

Oter tous les vêtements et manipuler les poils avec des gants. Les vêtements seront lavés à température la plus élevée possible et séchés au séchoir. Laver la peau abondamment à l'eau chaude et au savon. Utiliser du papier collant (scotch) pour décrocher les poils urticants de la peau et brosser soigneusement les cheveux, si nécessaire. On peut appliquer du vinaigre sur les lésions cutanées en raison de l’effet antiprurigineux de l’acide acétique. Utiliser des solutions antiseptiques Et des crèmes antihistaminiques (avec prudence car il y a un risque de photosensibilisation).

Traitements généraux :

On donne des antihistaminiques par voie générale, (seconde génération à doses parfois élevées). Et prévoir une désensibilisation pour les professionnels et les gens à risque (forestiers, pompiers)…

En cas de contact occulaire

Si l’oeil est irrité un simple lavage Abondant au sérum physiologique Puis évacuer le malade vers l’ophtalmologue (examen bio-microscopique). Extraction chirurgicale des poils Associée au traitement ATB, AINS, AH1.

Prévention

Elle se fait selon deux volets :

Plan individuel : Utilisations des vêtements de sécurité pour limiter le contact avec les poils.

Plan collectif : Envisager limitation des populations des processionnaires. Pour cela plusieurs moyens sont utilisés

Mécanique : Destruction des nids de chenilles, puis les bruler.

Chimique : Utilisation de biopesticides le plus utilisé dans le monde (y compris en Algérie) est le Bacillus Thuringiensis (Bt)).

Il représente en effet à lui seul 90% du marché mondial des biopesticides

Biologique : favoriser la nidification d’oiseaux prédateurs telles les mésanges.

Et enfin les recommandations sanitaires : Qui sont d’une manière générale :

• Eviter de se tenir sous les arbres colonisés.

• Eviter le contact avec les chenilles, avec les nids occupés ou vides et avec les sols forestiers contaminés, et particulièrement avec le chemin emprunté par la procession.

• Eviter d’écraser les chenilles.

• Ne pas laisser jouer les enfants à proximité des arbre atteints.

• A distance, les munir de vêtements recouvrant une grande partie du corps.

Références Bibliographiques :

1- Les chenilles processionnaires du pin : évaluationdes enjeux desanté animale ; julie rivière, Thèse.

2- Manifestaciones cutáneas origina das por la oruga procesionaria del pino (Thaumetopoea pityocampa).

3- J. Vegaa, J.M.Vegab e I. Moneoc a Servicio de Dermatología, Hospital Universitario Río Hortega,Valladolid, Espana b Sección de Alergia, c Centro de Investigación Clínicay Medicina Preventiva, Instituto de Salud Carlos III, Madrid, Espana.

4- La processionaire et l’Homme. Dr. Ignacio Moneo. Hospital Carlos III Madrid.

5- Incidences environnementales et sanitaires des chenilles processionnaires et de leurs traitements en France. Anne-Laure Grojean ; Clémence de Baudouin ; Sabine Flamant.

6- Comment lutter contre la prolifération massive de la chenille processionnaire du pin, néfaste pour la santé de l’homme, de l’animal et de la forêt, tout en respectant l’écosystème ? Dr KHAIRALLAH Fadi, thèse de doctorat.

7- DéMOLIN (G.), MARTIN (J.C.) and LAVANCEAU (P.), 1993. Lutte contre la processionnaire du pin – L'évolution des insecticides à base de Bacillus thuringiensis. Phytoma. 452 : 13-16.

8- CHARMOT (P.), 1987. La chenille processionnaire du pin et son importance médicale, Thaumatopoea pityocampa. Schiff. Thèse de doctorat vétérinaire, ENV Lyon. 1987 : 132 p.

9- LAMY (M.), PASTUREAUD (MH.), NOVAK (F.), DUCOMBS (G.), VINCENDEAU (P.), MALEVILLE (J.), TEXIER (L.), 1986. Thaumetopoein : an urticating protein from the hairs and integument of the pine processionary caterpillar (Thaumetopoea pityocampa Schiff., Lepidoptera, Thaumetopoeidae). Toxicon. 1986, 24 (4) : 347-56.

10- VEGA (J.M.), MONEO I., ARMENTIA (A.), LOPEZ-RICO (R.), CURIEL (G.), BARTOLOME (B.) & FERNANDEZ (A.) 1997. Anaphylaxis to a pine caterpillar. Allergy, 52, 1244-1245.

11- HÓDAR (J.A.), CASTRO (J.), and ZAMORA (R.), 2003. Pine processionary caterpillar Thaumetopoea pityocampa as a new threat for relict Mediterranean Scots pine forests under climatic warming. Biol. Cons. 110 : 123-129.

12- Fiches descriptives des chenilles processionnaire du pin de chène, du pin de bombyx cul brun et lithosia quadra, Mars 2007. Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales de la Loire Atlantique Service Santé Environnement.