LES INFECTIONS DU SITE OPÉRATOIRE : COMPLICATION REDOUTABLE POUR LE CHIRURGIEN

Résumé

Les infections du site opératoire (ISO) représentent 25% des infections liées aux soins(1). Après une intervention chirurgicale, la cicatrisation de la plaie comporte les mêmes phases que tout autre processus de cicatrisation. La préparation à l’intervention, les mesures d’asepsie et les conditions de stérilisation au bloc opératoire protègent contre les risques infectieux et facilitent la formation d’une cicatrice normale. Les complications des plaies chirurgicales constituent souvent une cause de ré-hospitalisation après une intervention source de morbimoratlité non négligeable, en plus des répercussions économiques qui sont importantes. Près d’un tiers des plaies post opératoires s’infectent au domicile du patient. Pour détecter ces complications et intervenir précocement, la surveillance à distance des plaies post opératoires est nécessaire. Une telle surveillance à distance des plaies permet de les détecter précocement et d’en limiter les conséquences, notamment en termes de ré-hospitalisations. Le présent article a pour objectif de revoir quelques caractéristiques des ISO, en insistant sur les mesures préventives primaires auprès des patients et l’importance de la surveillance épidémiologique dans les services de chirurgie afin de réduire le taux de ces infections, établir une situation initiale dans les services qui n’ont pas réalisé d’étude de surveillance et enfin rechercher éventuellement la part évitable des facteurs de risques liés à ce problème. Mots clés : Infection du Site Opératoire, chirurgie, prévention, surveillance.

1. INTRODUCTION

Les infections du site opératoire (ISO) représentent 25% des infections liées aux soins(1), elles comptent parmi les infections les plus évitables liées aux soins de santé, elles sont des complications hospitalières tributaires de l’acte opératoire et dont le chirurgien est le premier concerné, elles représentent un enjeu majeur pour les politiques de santé de par leur ampleur épidémiologique à savoir la fréquence, le polymorphisme bactériologique et une morbimortalité non négligeable. En outre des répercussions financières importantes qui restent difficiles à estimer, elles sont pourvoyeuses de complications post opératoires immédiates mais aussi de séquelles à distance. Les enquêtes d’incidences périodiques de surveillance de ces ISO permettent d’avoir les caractéristiques épidémiologiques et une description globale des facteurs de risque liés à ces infections.

2. DÉFINITION L’ISO

incluent toute infection sur le site opératoire, survenant au cours des 30 premiers jours post-opératoires voire même au cours de la première année, s’il y a eu mise en place d’un implant ou d’une prothèse. Elle peut être superficielle lorsqu’elle survient au cours de la période post opératoire précoce (30 premiers jours), et que celle-ci affecte la peau et les tissus sous jacents jusqu’à la face antérieur des aponévroses, se manifeste classiquement par un écoulement purulent et qui pouvait être précédé par des signes inflammatoires accentués. Considérée comme profonde lorsqu’elle touche les tissus, organes ou espaces situés au dessous de l’aponévrose de revêtement, elle survient soit au cours des trente (30) premiers jours voire même un an si le patient a bénéficié d’un implant ou de la mise en place d’un matériel prothétique. Un écoulement purulent ou suspect peut se

voir au niveau de la plaie ou par le système de drainage, les signes généraux d’infection profonde peuvent être au premier plan.

3. PHYSIOPATHOLOGIE

3.1 Pathogenèse

Les bactéries sont la cause majeure des infections du site opératoire (ISO), on retrouve dans certaines circonstances également des levures et des champignons filamenteux. La contamination microbienne du site opératoire est obligatoire pour la survenue d’ISO, dont le risque de survenu est accru s’il y a plus de 105 de microorganismes par gramme de tissu (3, 11). Ce risque dépend d’autres facteurs selon l’équation suivante (12, 13) :

Le patient opéré constitue principalement la source de ces bactéries, elles sont issues alors soit de la peau (staphylocoques pénétrant la plaie lors d’incision ou des manœuvres chirurgicales), soit du tractus respiratoire, digestif, génital et urinaire (contenant naturellement des bactéries Gram négatif et anaérobies), soit d’un site opératoire infecté et concerné par l’acte chirurgical. Ainsi, en chirurgie digestive, les principaux micro-organismes retrouvés sont les entérobactéries et les anaérobies présents de manière dominante dans le microbiote intestinal. L’infection de toute plaie survient lorsque la prolifération bactérienne dépasse les capacités de défense immunitaire de l’hôte avec le risque de dissémination bactérienne et extension de l’infection aux tissus sains en périphérie de la plaie, ce qui entraîne une réaction inflammatoire locale autour de la plaie et parfois une lymphangite dans le territoire de drainage, la plaie devient alors douloureuse avec formation d’un exsudat plus ou moins purulent. La croissance bactérienne in vivo n’est pas similaire à celle observée in vitro (20 à 40 mn), beaucoup plus ralentie chez le patient, les bactéries in vivo n’ont pas toujours un milieu favorable à disposition pour leur croissance, ces bactéries peuvent être phagocytées par les macrophages et les polynucléaires et être inhibées par les produits antibactériens comme le lysozyme ou le complément.

3.2 Mode de contamination

La contamination est d’origine multiple, survient essentiellement en péri-opératoire (14) à cause des microorganismes qui proviennent généralement de la flore commensale humaine émise par le patient lui-même ou l’équipe chirurgicale.

En majorité, les germes sont :

- Le Staphylococcus Aureus reste le germe prédominant dans les sites opératoires,

- Le staphylocoque à coagulase négative.

- Et parfois, les bactéries à gram négatif qui prédominent dans les chirurgies abdominales.

- Rarement à partir des bactéries présentes sur les instruments (mal stérilisés ou longtemps exposés à l’air ambiant), dans l’eau ou les solutés (Pseudomonas aeruginosa, mycobactéries atypiques) et des levures ou des champignons filamenteux présents dans l’air (système de ventilation) peuvent être à l’origine d’ISO. En période per opératoire, la contamination peut être :

- Endogène : propre flore du patient

- Exogène : mains, squames cutanées, phanères, gouttelettes respiratoires et les textiles (tenue de l’équipe opératoire et drapage du champ opératoire).

La quantité est proportionnelle au nombre de personnes présentes dans la salle et à leurs mouvements et déplacements et à la qualité des textiles (non-tissé et polycoton, moins émetteurs que le coton et plus étanches aux particules).

En période post-opératoire, la contamination peut se produire :

- Lors d’un soin de drain ou de changement de pansements. Les infections de matériel étranger, déposé sous la peau, peuvent être la conséquence d’une infection hématogène et/ou à travers une translocation de la peau par le décubitus. Ces infections peuvent se présenter à n’importe quel moment de la présence du corps étranger dans le corps.

3.3 Facteurs favorisants

Ces ISO peuvent s’expliquer par l’interaction de plusieurs facteurs qui sont les suivants :

a. Facteurs liées au patient :

Malnutrition - obésité, Diabète, cancer, tabagisme, traitement de corticostéroïdes, antibiothérapie prolongé, Ages extrêmes, Immunodépression, Etat de choc, Hospitalisation pré-opératoire prolongée, présence d’une infection à distance du site opératoire, colonisation par certains micro-organismes (S. aureus), ASA score > ou = 3 (American Society of Anesthesiologists, reflétant l’état général du patient).

b. Facteurs liées à l’acte opératoire :

Nature de l’intervention, durée de l’intervention au delà du 75e percentile moyen de l’intervention spécifique, rasage préopératoire à la lame, implantation de corps étrangers, utilisation de drains, technique chirurgicale (hémostase insuffisante, traumatisme tissulaire, mauvaise oblitération des espaces morts), environnement de la salle opératoire (ex : système de ventilation), Nombre de personnes dans la salle, Expérience de l’équipe chirurgicale, Ré-intervention, Contexte d’urgence.

4. DIAGNOSTIC D’INFECTION DE SITE OPÉRATOIRE (10)

Nous distinguons :

A. Les infections du site d’incision ;  qui se divisent en superficielles et profondes selon le plan de clivage ; B. Les infections des cavités naturelles et des organes cibles.

1. Critères de diagnostic d’une ISO Superficielle :

L’infection implique uniquement la peau et/ou le tissu sous-cutané ; Présence au moins un des critères suivants :

a. drainage purulent au site d’incision superficielle.

b. culture positive à partir d’un prélèvement de liquide ou de tissu de l’incision superficielle obtenu de façon aseptique.

c. incision superficielle délibérément ouverte par le chirurgien avec culture positive ou non effectuée (une culture négative ne répond pas à ce critère) et au moins un des signes ou symptômes d’infection suivants : douleur, sensibilité, œdème, rougeur ou chaleur localisée ;

d. le diagnostic d’infection superficielle est porté par un chirurgien ou le médecin impliqué.

L’infection superficielle se manifeste au cours de la période post opératoire précoce (jusqu’à 30 jours post opératoire).

2. Critères de diagnostic d’une ISO profonde :

doit rencontrer les critères suivants : L’infection touche les tissus mous profonds incluant le fascia et la couche musculaire ; Présence d’au moins un des critères suivants :

a. drainage purulent provenant de l’incision profonde (mais non de la cavité ou de l’organe impliqué au cours de l’acte opératoire) ;

b. déhiscence spontanée ou ouverture délibérée de la plaie profonde par le chirurgien, avec culture positive ou non effectuée (une culture négative ne répond pas à ce critère) et que le patient présente au moins l’un des signes ou symptômes suivants : Température rectale > 38 °C, douleur ou sensibilité localisée.

c. un abcès ou autre évidence d’infection impliquant l’incision profonde sont trouvés à l’examen direct, durant une chirurgie subséquente, ou encore lors d’un examen radiologique ou histopathologique.

L’infection profonde se manifeste jusqu’à 30 jours après l’acte opératoire ou jusqu’à un an (si présence d’implant) et l’infection semble être liée à l’acte opératoire, le diagnostic est posé par le chirurgien ou le médecin traitant.

3. Critères de diagnostic d’une ISO impliquant les cavités et/ou organes explorés lors de l’opération :

Les ISO des cavités et ou des organes doivent rencontrer les critères suivants : L’infection implique n’importe quelle partie de l’anatomie (ex. cavités, organes) en dehors de l’incision, le fascia et la couche musculaire, qui a été ouverte et/ou manipulée pendant la chirurgie. Présence au moins un des éléments suivants :

a. drainage purulent provenant d’un drain placé via une incision séparée dans une cavité ou un organe ;

b. culture positive du liquide ou du tissu provenant d’une cavité ou d’un organe et obtenu de façon aseptique ;

c. un abcès ou une autre évidence d’infection d’une cavité ou d’un organe à l’examen direct, lors d’une chirurgie subséquente ou par examen radiologique ou histopathologique.

Et répond à au moins un critère de site d’infection d’organe ou espace tels que : Abcès cérébral, Infection de l’espace discal, Abcès du sein, Abcès péridural, Infection de l’oreille ... L’infection d’organe ou de cavité se manifeste jusqu’à 30 jour après l’acte opératoire (si pas d’implant) ou jusqu’à un an (si présence d’implant) et l’infection semble liée à l’acte opératoire, elle est diagnostiquée par le chirurgien ou le médecin impliqué.

ISO impliquant plus d’un site spécifique

1. Une infection à la fois superficielle et profonde est classifiée comme une ISO profonde.

2. Parfois, une infection au niveau d’une cavité ou d’un organe drainé via l’incision. Ce type d’infection ne nécessite généralement pas de chirurgie subséquente et est considérée comme une complication de l’incision. Elle est donc classifiée dans les ISO profondes.

5. MAITRISE DES INFECTIONS DU SITE OPÉRATOIRE

Bien que la survenue des ISO est tributaire de plusieurs facteurs, dont ceux liés au patient, ceux liés aux procédures chirurgicales ainsi que ceux liés à l’environnement et enfin organisationnels. Ces infections sont dans la majorité évitables, ainsi Il est démontré que des stratégies de prévention validées et standardisées permettent de réduire les ISO de 40% à 60%. Elles peuvent être mises en œuvre aussi bien dans les pays développés que dans les pays à revenus moyens. La plupart des mesures de prévention sont simples et peu coûteuses ; mais elle nécessite l’intégration d’une série de mesures avant, pendant et après l’acte opératoire.

1. Préparation du patient :

Hygiène du patient, l’information du patient doit indiquer que tout acte invasif comporte un risque infectieux et que les moyens seront mis en œuvre pour éviter leurs survenues sachant que le risque zéro n’existe pas.

1.1 Mesure générale d’hygiène corporelle :

Il est fortement recommandé de pratiquer une douche la veille de l’intervention avec une solution moussante antiseptique.

1.2 Brossage de dents est nécessaire pour tout opéré.

1.3 Epilation appropriée au site opératoire: La dépilation est interdite, sauf si la pilosité au niveau ou autour du site opératoire représente une gêne pour l’intervention. Dans ce cas la dépilation est pratiquée immédiatement avant l’intervention en utilisant de préférence une tondeuse électrique, dans les 2 heures précédant l’acte opératoire. Elle se fait à l’extérieur du bloc, si l’épilation est effectuée au bloc, utiliser des gants adhésifs afin d’enlever les surplus de poils. (7) Une dépilation chimique peut également être réalisée sous réserve d’un test allergique préalable. (3)

1.4 Asepsie cutanée du site opératoire : Une solution composée de chlorhexidine (CHG) 2% dans l’alcool 70% a démontré une efficacité supérieure aux autres produits pour l’asepsie du site. Éviter le contact de la chlorhexidine avec les yeux, l’intérieur de l’oreille ou le tissu nerveux. (7)

1.5 Maintien un contrôle glycémique péri-opératoire des patients diabétiques ou qui présentent un risque de diabète : surveillance étroite durant les 48 heures postopératoires immédiates, pour atteindre le meilleur contrôle glycémique possible.

1.6 Traitement de toute infection préexistante.

1.7 Rééquilibration nutritionnelle du patient, si l’intervention non urgente.

1.8 Maintien d’une normothermie avant, pendant et après la chirurgie : maintenir une température interne entre 36 et 38° C chez tout patient. (7) 1.9 L’arrêt du tabagisme au moins 30 jours avant l’intervention.

1.10 Hospitalisation pré-opératoire réduite.

1.11 Antibioprophylaxie chirurgicale :

sélection appropriée de l’antibiotique, bon usage selon le poids, administrer une heure avant l’incision sauf pour la vancomycine ou les fluoroquinolones (120 min) (7), et cesser 48 heures après la première dose. Son indication est établie pour les interventions contaminées, dans le cas d’un matériel prothétique ainsi pour les opérations délicates comme le système nerveux central, car une antibiothérapie préalable accroîtrait le risque infectieux en sélectionnant des germes résistants aux antibiotiques, Il est donc souhaitable que l’antibioprophylaxie soit gérée par une logique de comportement d’équipe, et que l’antibiotique utilisé doit avoir été l’objet d’études publiées démontrant sa tolérance et son efficacité dans le type d’intervention prévue :

- a protocole d’antibioprophylaxie accepté par tous.

- protocole affiché.

- protocole évalué régulièrement : efficacité, coût, surveillance microbiologique.

Un tiers des infections peut être évité par des programmes de prévention(5).

2. Opérateur et le personnel du bloc, c’est le respect des règles d’asepsie du personnel en salle d’opération :

2.1 Tenue du personnel : Toute personne entrant dans la salle d’opération doit porter une barrière aseptique composé d’une blouse chirurgicale, un masque et des gants stériles, Le matériau des blouses et des champs opératoires doit être imperméable aux bactéries, même lorsqu’il est mouillé.

2.2 Désinfection des Mains : L’hygiène des mains est la plus simple et la plus efficace des mesures pour prévenir la transmission des germes et réduire les ISO, la double friction hydro-alcoolique après un lavage des mains reste la meilleure méthode. Désinfection des mains et avant-bras de l’équipe chirurgicale pendant au moins 3 à 5 minutes pour la première intervention du jour, et 2 à 5 minutes pour les interventions suivantes, Port de bijoux est proscrit.

2.3 Les gants doivent être changés toutes les 2 heures lors d’interventions prolongées et doivent être changés rapidement lors de perforation.

3. Etat du bloc opératoire :

- Il doit être en permanence propre pour permettre de travailler dans les conditions d’asepsie rigoureuse à tout moment.

- Bonne ventilation de la salle d’opération (filtration à haut degré d’efficience, 20 renouvellements d’air par heure, pression positive, admission d’air aussi haute que possible dans la salle, extraction au niveau du sol).

- Toutes les portes doivent être fermées sauf lors du passage du personnel.

- Le nombre de personnes présentes doit être réduit au minimum requis.

- Le sol et le matériel mobile de la salle en contact avec le patient ou l’équipe chirurgicale doivent être désinfectés entre deux opérations, les murs ne doivent être nettoyés-désinfectés qu’en cas de souillure macroscopique.

- Le bio nettoyage se fait par un agent d’entretien ayant bénéficié d’une formation préalable, il se fait selon les directives nationales relatives à l’hygiène de l’environnement dans les établissements publics et privés(8).

- Nettoyage-désinfection des surfaces des équipements biomédicales se fait par un technicien infirmier préalablement formé, selon les directives nationales(8).

- Tous les instruments utilisés pour l’acte chirurgical doivent être stériles.

- Les principes et les techniques de l’asepsie doivent être connus et maîtrisés par toute l’équipe chirurgicale.

- Le poste de lavage des mains, des produits normés et des protocoles validés pour lavage des mains et pour désinfection chirurgicale des mains.

4. Prise en charge d’une plaie opératoire :

a pour objectif de maintenir un milieu favorable à la cicatrisation sans provoquer une macération. Le personnel soignant doit se désinfecter les mains avant et après chaque soin d’une plaie opératoire. Il ne doit pas toucher une plaie ouverte ou fraîche (< 48 heures) sans porter des gants stériles. Un changement de pansement doit être réalisé immédiatement si le pansement est humide ou sale. En présence d’un drain, celui-ci doit être cultivé en cas de suspicion d’infection.

5. Surveillance régulière de l’incidence des ISO

- Les institutions de soins, publiques ou privées, doivent mettre sur pied des programmes de surveillance et de prévention des infections du site opératoire.

Une information de qualité implique entre autre une surveillance épidémiologique conduite par des groupes professionnels pluridisciplinaires et une interprétation adéquate et concertée des résultats obtenus.

- Il s’agit obligatoirement d’une opération interdisciplinaire, c’est-à-dire elle nécessite une équipe formée de représentants des différents professionnels associés directement ou indirectement à la chirurgie.

- Il est nécessaire de mettent en place un programme de surveillance des ISO, dans le but de réduire la morbidité causée par ces infections en chirurgie. Il est toutefois noté que la surveillance des ISO est l’une des normes indéniables du programme établi pour la prévention de ces infections.

Méthodologie de la surveillance :

1. Objectif de la surveillance des ISO, elle permet de :

- Estimer l’incidence des ISO au niveau du service ;

- Identifier les tendances dans les taux d’ISO et les conséquences chez les patients ;

- Informer les chirurgiens de leur propre taux d’ISO et permettre les comparaisons entre chirurgiens et éventuellement, entre hôpitaux pour une même procédure en tenant compte des particularités et spécificités de chaque institution ;

- Fournir aux hôpitaux des données comparatives sur les ISO qu’ils peuvent utiliser pour évaluer leurs efforts (en cas de surveillance standardisées).

2. Procédures chirurgicales ciblées :

La plupart des établissements de santé n’ont pas les ressources requises pour surveiller tous les patients chirurgicaux et il est improbable que la même intensité de surveillance soit nécessaire pour les procédures à plus faible risque d’infection. Les efforts de surveillance devraient donc cibler les procédures à haut risque.

Il est recommandé que les interventions à surveiller suivent des critères de priorisation selon :

a. Fréquence de la chirurgie.

b. Chirurgie associée à un plus grand risque d’infection ;

c. Acceptabilité de la surveillance par les chirurgiens ;

d. Chirurgie dont une infection amène une morbidité très élevée.

Une surveillance active des ISO pourrait être faite au cours de la chirurgie digestive, gynéco-obstétrique, orthopédique, neurochirurgie, cardiovasculaire et de la neurochirurgie.

3. Personnes impliquée dans la surveillance sont les chirurgiens, les spécialistes en épidémiologie, les microbiologistes-infectiologues, les infirmiers sur les unités de soins, personnes chargées de la surveillance.

4. Durée et période : La durée de surveillance va de quelques jours à plusieurs semaines, des mois voire toute l’année selon l’objectif de la surveillance (ex : suivre les ISO de 1er trimestre de chaque année). Chaque patient inclus dans la surveillance devra être activement et systématiquement suivi à partir du moment de son intervention chirurgicale afin d’établir si des signes et symptômes qui concordent avec la définition d’ISO surviennent. Le patient devra donc être revu de manière à ce que les signes et symptômes apparus dans les 30 jours post-chirurgie. Il est recommandé que la surveillance des ISO soit faite continuellement par les établissements afin que l’apprentissage des professionnels soit maximisé et que la qualité des données puisse être évaluée

5. Lieu de la surveillance : On peut choisir un ou plusieurs services de chirurgie voire tous les services de l’établissement selon l’objectif de la surveillance.

6. Identification des cas d’ISO : Les plus précises pour identifier les cas d’ISO. Elles englobent les observations quotidiennes du site opératoire 24-48 heures après la chirurgie, par un médecin, un infirmier ou un chargé de la surveillance.

7. Suivi des opérés : La surveillance après la sortie comporte certaines limites, puisque actuellement les opérés séjournent moins longtemps à l’hôpital. Il n’existe pas de méthode standardisée et fiable pour effectuer ce type de surveillance.

7.1 Suivi des patients en cours d’hospitalisation :

• Le personnel soignant de l’unité responsable du patient hospitalisé examine le patient afin d’identifier l’apparition de signes et symptômes d’ISO ;

• En cas d’apparition de signes et symptômes d’ISO, rapporter ces observations au chirurgien (possibilité de consulter un infectiologue pour faire confirmer s’il y a bien présence d’ISO). En parallèle, aviser les professionnels de la prévention. Établir un lien entre le personnel soignant des unités et les professionnels de la Prévention.

7.2 Suivi des patients après la sortie jusqu’au 30ème jour post opératoire :

• Information préalable du patient à fin de retourner à l’hôpital en cas de problème avec la plaie.

• Les patients qui sortent peuvent communiquer avec un membre de l’équipe chirurgicale s’ils sont inquiets au sujet de leur plaie. Dans un tel cas, un rendez vous devrait être organisé afin que la plaie puisse être revue à l’hôpital. Le patient est revu en consultation : les médecins devraient connaître la définition standard d’ISO et indiquer les symptômes sur un formulaire de collecte de données. L’ISO doit être confirmée.

• Relances téléphoniques sont effectuées par le patient de sa sortie au 30ème jour en cas d’apparition des signes d’infection, certains critères sont proposés afin de guider les questions à poser : rougeur au niveau du site chirurgical, présence de pus, de la fièvre et de la douleur. 8. Collecte et saisie des données :

- Sources de données effectuées à l’aide d’un support d’information.

- Valider les données avec les personnes concernées.

- Choisir des supports de saisie des données (Excel, logiciel Epi info, Epi DATA...) pour la saisie ainsi que le contrôle de données.

9. Codification par la CIM 10 : Les codes de la Classification statistique internationale des maladies, traumatismes et causes de décès (CIM) sont des données d’une grande précision, utilisées à travers le monde et permettent de regrouper des types de chirurgies dans le but de déterminer des taux d’ISO. L’utilisation de cette codification rehausse la surveillance des ISO en permettant la recherche de cas dans les bases de données administratives hospitalières. La liste des interventions par grandes disciplines chirurgicales ainsi que les codes CIM, d’où l’importance d’utiliser ces codes pour identifier les interventions chirurgicales surveillées afin que les résultats issus des efforts de surveillance des ISO ne soient pas modulés par la terminologie employée au niveau local et soient le reflet le plus proche de la réalité. 10. Analyse des données : Effectuée par un spécialiste en épidémiologie qui procède à une analyse des données à la fin de la surveillance (dans les surveillances durant toute l’année des analyses préliminaires des données doivent être effectués à des intervalles réguliers).

11. Résultat

11.1 Évaluation de la qualité des données

Des données valides sont nécessaires dans un système de surveillance des infections, ainsi la validation des données de surveillance permet d’assurer leur crédibilité scientifique, identifier des problèmes méthodologiques, accroître l’observance et la participation au programme de surveillance et identifier des problèmes dans la qualité des données. Il est essentiel que chaque service prenne les mesures nécessaires pour assurer la qualité des données en les vérifiant périodiquement.

11.2 Taux d’incidence des ISO

Le dénominateur devrait être constitué de tous les patients qui ont subi l’intervention chirurgicale choisie pour la surveillance, car ils représentent la population à risque de développer une ISO. Le dénominateur doit prendre en compte la population exposée à des risques spécifiques, reflétant en particulier le risque impliqué dans chaque procédure chirurgicale, le type de maladie, les conditions du patient au moment de la chirurgie et les risques intrinsèques. Le numérateur du taux d’incidence est constitué de tous les patients ayant subi l’intervention choisie qui ont développé une ISO.

11.3 Diffusion des résultats :

Le succès d’un système de surveillance des ISO dépend principalement d’un partenariat efficace entre les intervenants en prévention et le personnel chirurgical. Le partage d’information sur les taux d’ISO aux différents services chirurgicaux permet d’améliorer la qualité de la surveillance et de réduire l’incidence des ISO. Le nom du chirurgien ou son code nominal ne sera utilisé que pour les besoins internes de l’établissement. Les résultats de la surveillance devraient être diffusés aux chirurgiens. 5.

CONCLUSION

Les infections du site opératoire (ISO) constituent une source majeure de morbidité et de mortalité pour les patients soumis à des actes chirurgicaux. L’impact des ISO est considérable pour les patients et le système de santé. Elles prolongent la durée d’hospitalisation de 7 à 10 jours et multiplient les risques de mortalité chez les patients de 2 à 11 fois en comparaison avec ceux ayant subi la même chirurgie sans connaître d’infection. Bien que la survenue des ISO dépend de plusieurs facteurs, il est indispensable de mettre en place un système de surveillance dont l’importance n’est plus à démontrer, permet de diminuer l’incidence des ISO et de maintenir la vigilance des équipes pour repérer d’éventuelles dérives. La surveillance armée des patients au cours de l’hospitalisation et après la sortie est un principe immuable, dont la mise en œuvre est dirigée par un référent médical. Elles conduisent les équipes à choisir une stratégie compatible avec leurs possibilités en prenant compte de l’environnement dans lequel ils agissent. Il convient de faire progressivement la part des choses en impliquant tous les acteurs de la prise en charge des patients au bloc opératoire et en assurant un suivi régulier de l’ISO. La restitution des données de surveillance aux équipes chirurgicales permet une réduction ultérieure du nombre d’infection en les conduisant à reconsidérer certaines de leurs pratiques opératoires. La mise en place des actions de prévention basée sur la production des taux d’incidence de ces infections est importante pour évaluer la stratégie préétablie et améliorer la qualité de soins des patients.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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