ETHIO-PATHOGÉNIE DES CANCERS PHARYNGO-LARYNGÉS

1. INTRODUCTION

Les cancers des VADS sont fréquents où on dénombre 600.000 nouveaux cas par an à travers le monde. Les facteurs de risque principaux sont le tabac et l’alcool. Leur traitement repose sur la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie. Durant ces vingt dernières années, des progrès notables dans chaque type de traitement ont été réalisés. Ces progrès ont permis une amélioration sensible du contrôle locorégional de la maladie ; mais une constatation s’impose: cette amélioration ne s’est pas traduite par une amélioration de la survie des patients. C’est ainsi que le pronostic global des cancers des VADS reste inchangé depuis vingt ans, avec 45 % de survie à 5 ans tous stades et localisations confondues. Néanmoins, quel que soit la localisation, le pronostic est inversement proportionnel au stade, ce qui signifie que plus une tumeur est découverte à un stade précoce, meilleur est son pronostic. Trois facteurs principaux expliquent l’absence d’amélioration de la survie des patients pris en charge pour un cancer des VADS :

• Le retard au diagnostic (2/3 des cancers sont diagnostiqués à un stade avancé, stades III-IV) ;

• un taux de rechute locale qui est estimé entre 3 et 5% par an ;

• la survenue de seconds cancers.

Or, le dépistage clinique n’a pas fait la preuve de son efficacité tant pour le dépistage des premières localisations dans une population à risque, que pour le dépistage des rechutes ou des seconds cancers parmi les patients traités.

Par ailleurs, il n’existe aucun consensus concernant les modalités de cet examen clinique. En effet, les questions suivantes nous viennent à l’esprit :

• à quel rythme doit-il être fait ?

• quel est le rôle respectif des médecins généralistes et des spécialistes d’organe dont les oto-rhino-laryngologistes ?

• doit-il être couplé à un examen endoscopique systématique ?

• quelle place faut-il donner à « I ‘auto-éducation » des patients concernant les signes fonctionnels d’alerte tels que l’odynophagie, l’otalgie réflexe et la dysphonie ?

1. Facteurs de risque :

Les agents supposés provoquer ou faciliter la survenue de cancers au niveau des VADS sont nombreux. La fréquence variable des cancers des VADS et de leur sous-localisation implique le rôle de différents facteurs exogènes. En ce qui concerne les cancers de la cavité buccale, du pharynx et du larynx, figurent en première place le tabac et l’alcool.

1.1. Tabac :

Le tabac peut être fumé, prisé ou chiqué. Le tabac à chiquer est beaucoup moins toxique, mais il peut donner lieu à des cancers des lèvres ou de la face interne des joues, car il est habituellement mélangé à de la chaux, à des feuilles de bétel, et à des noix d’Arèque (Asie du sud est, Inde) (Ko et al., 1995108).

Cependant, même utilisé seul, le tabac chiqué est toxique. C’est ainsi que Schantz et Guo-Pei (Schantz & Guo-Pei, 2002109) attribuent l’augmentation des cancers de la langue chez les jeunes adultes aux Etats-Unis à la forte augmentation de tabac à chiquer, confirmant le rapport de l’IARC de 1985 (IARC, 1985).

En France, le tabac à priser et à chiquer est d’utilisation très marginale (< 0.4% du tabac consommé) ; nous ne traiterons donc que le problème des cancers induits par l’usage du tabac fumé. En France, c’est en 1954 qu’une première étude rétrospective de 4000 malades atteints de cancers des VADS et un nombre égal de sujets témoins non-fumeurs a permis d’établir une différence significative entre les deux groupes, et donc d’imputer le tabac comme facteur de risque (Marandas et al., 2004110). Vingt ans plus tard en Grande Bretagne, Doll et Petro111 démontrait que le risque de mortalité par cancer des VADS chez les fumeurs par rapport aux nonfumeurs était augmenté de 2 à 12 en fonction de la localisation, à l’exception des cancers des cavités rhino-sinusiennes et du cavum (Doll & et Petro, 1976111).

Le risque accru de cancer est lié au contact de la fumée de tabac avec les lèvres, la cavité buccale, l’oropharynx, l’hypopharynx et le larynx (Marandas et al., 2004110). Une cigarette se compose d’un gramme de tabac, enrobé de papier qui est fait de chanvre, de lin et autres ingrédients pour améliorer sa combustibilité ; La fumée de cigarette résulte de la combustion incomplète du tabac. Elle contient 5 milliards de particules par millilitre.

Du point de vue physiopathologique, on distingue au sein de ces particules 4 groupes de substances : • La nicotine ; • Le monoxyde de carbone (CO) ; • Les irritants (phénols, aldéhydes, acroléïne) ; • Les substances cancérigènes regroupées en sous classes dont les 3 plus importantes sont les nitrosamines spécifiques du tabac, les arylamines et les hydrocarbures aromatiques polycycliques dont le plus connu est le 3,4- benzo(α) pyrène (3,4-BαP). Les substances cancérigènes sont, pour une partie d’entre elles, dissoutes dans la salive. Il s’agit en fait, pour la majorité, de pro-carcinogènes inactifs rendus actifs grâce aux cytochromes P450 1A1.

C’est ainsi que le 3,4- BaP est transformé en un carcinogène actif : le Benzo (a) pyrènediol-époxide. Des travaux ont démontré que le Benzo (a) pyrène-diol- époxide agissait directement sur l’ADN, plus précisément au niveau des exons 4, 5, 6, 7 et 8 du gène TP53 (Denissenko et al., 1996, Blons et al., 2003112). Il existe d’autres sous classes de produit regroupant plus de 50 substances cancérigènes (Fan, 2001113) dont une partie est représentée dans la figure n°7. On notera que la nicotine, le CO et les irritants ne comptent pas parmi les substances cancérigènes. Dans toutes les études publiées, le risque de cancer croît avec l’intensité et l’ancienneté du tabagisme, avec une relation « dose-effet ».

Actuellement, on estime que le seuil critique se situe à 20 paquets/année, ce qui correspond à une consommation d’un paquet par jour pendant 20 ans. Outre la consommation et l’ancienneté du tabagisme, d’autres facteurs entrent en jeu. Ce sont :

• L’inhalation de la fumée, qui augmente le risque (André et al., 1995113) ;

• La longueur du mégot, car c’est dans le mégot réduit que s’accumule le plus de substances toxiques ;

• Le filtre dont le rôle reste controversé, diminuant le risque pour certains auteurs, ne changeant rien pour d’autres (André et al., 1995113);

• Le type de tabac, le tabac brun étant plus toxique (Patrianokos & Hoffman, 1979114). Le tabagisme passif a été mis en cause dès 1981 par des auteurs japonais, le risque cancérigène pour un conjoint non-fumeur étant de 3 par rapport à un sujet témoin non exposé (Marandas et al., 2004110). La poursuite de l’intoxication tabagique après guérison d’un premier cancer facilite l’apparition d’un second cancer des VADS. Silvermann115 a montré que la fréquence d’apparition d’un second cancer était de 18% chez le sujet ayant arrêté de fumer et de 30% en cas de poursuite de l’intoxication tabagique (Silvermann et al, 1983115).

1.2. Alcool :

La consommation d’alcool reste très élevée partout à travers le monde, l’Algérie, n’étant pas par ailleurs, épargnée. Dans certains pays, la diminution de consommation a contribué à faire baisser la mortalité par cancer de la cavité buccale, de l’oropharynx et de l’hypopharynx (Hill, 2000116). L’alcool seul, à la différence du tabac, ne provoque pas de cancer chez l’animal, même si certains cancérigènes comme les nitrosamines sont retrouvées dans des boissons alcoolisées, notamment la bière. Le mécanisme exact par lequel l’alcool provoque une transformation maligne des cellules épithéliales des VADS n’est pas encore élucidé (IARC, 2004). Néanmoins, on lui attribue comme rôles :

• Celui de solvant des carcinogènes résultants de la combustion du tabac, favorisant leur passage transmuqueux ;

• De diminuer la protection muqueuse par la salive par le biais de l’irritation locale provoquée par l’éthanol ;

• D’activer les cytochromes P450 1A1 et donc de favoriser la transformation de pro-carcinogènes contenus dans la fumée de tabac en carcinogènes actifs (Maier et al, 1994117) ;

• D’induire des déficiences nutritionnelles avec hypo-vitaminoses, Vit A en particulier, qui facilitent l’émergence des cancers d’une façon générale, par déficit en antioxydants. Une revue détaillée de la littérature sur le risque de cancer en fonction de la consommation d’alcool a conclu que, dans l’ensemble, celui-ci ne dépendait pas du type de boisson (IARC, 1988).

Le risque de cancer augmente régulièrement avec la dose d’alcool pur contenu dans les boissons alcoolisées, sans effet de seuil (Hill, 2000116). L’intoxication tabagique et l’imprégnation éthylique sont souvent associées, et leurs effets sur le risque de cancer sont multiplicatifs (Franceschi et aL, 1990118). Cet effet synergique entre les 2 toxiques est connu depuis les travaux de Rothman et Keller (Rothman & Keller, 1973119). Dans cette étude, si le risque relatif (RR) était de 1 chez les « non-buveurs, non-fumeurs », il s’élevait à 2.33 chez les « grands-fumeurs, non buveurs », à 2.43 chez les « grandsbuveurs, non-fumeurs », et à 15.5 chez les « grands-buveurs, grands-fumeurs ». Les figures 8 et 9 montrent le risque de cancers de l’endolarynx et de l’hypopharynx en fonction des consommations de tabac et d’alcool (d’après Tuyns et al., 1988120).

Plusieurs études ont permis de constater que les trois localisations les plus fréquentes en cas d’intoxication alcoolique sont :

1) la cavité buccale ;

2) l’oropharynx ;

3) l’hypopharynx. Dans l’étude menée par l’Institut Curie, si le RR était de 1 chez les buveurs de moins de 40 g/24 h d’alcool, il s’élevait chez les buveurs de 160 g et plus à 67.8 pour le larynx, 88.7 pour l’oropharynx, 257.5 pour l’hypopharynx et 579 pour la cavité buccale (Guenel et al., 1986121).

1.3. Autres facteurs de risque :

1.3.1. Facteurs viraux :

Le rôle des virus dans la genèse des cancers buccaux, pharyngés et laryngés reste incertain. S’il n’y a pas de preuve de la relation causale entre ces cancers et les adénovirus, les cytomégalovirus, le virus varicelle-zona (VZV), le virus herpétique humain 6 (HHV-6) (Scully, 1992), en revanche, d’autre virus sont incriminés.

Ce sont les virus de la famille des Human Papilloma Virus (HPV) (Gillison et al., 2000 ; Mork et al., 2001122).

Une étude épidémiologique rétrospective portant sur 292 patients atteints d’un carcinome des VADS et 1568 sujets témoins a montré, par détermination de la séropositivité HPV-16, que le risque était significativement associé à l’infection par l’HPV16 (RR = 2.2) ; dans cette étude, les auteurs ont également pu démontrer que le risque était dépendant du site anatomique, avec un risque particulièrement élevé dans les cas de tumeurs de l’amygdale (RR = 10.2) et de la base de langue (RR=20.7), par rapport aux autres localisations (Blons et al., 2003123). D’autres études ont démontré la présence de particules virales en plus grande quantité, 50% en moyenne, dans les tumeurs de la cavité buccale et de l’oropharynx, par rapport à la muqueuse normale et ce, qu’il y ait ou non intoxication éthylo-tabagique (Gillison et al., 2000122 ; Miller & Jhonstone, 2001124). C’est ainsi que Smith et ses collaborateurs ont pu démontrer l’intérêt de rechercher de l’HPV dans les cellules épithéliales de la cavité buccale collectées par brossage, pour l’identification des patients à risque de développer un carcinome épidermoïde, indépendamment du degré d’intoxication alcoolo-tabagique (Smith et al., 2004125).

En revanche pour les tumeurs du larynx, alors que la papillomatose laryngée est liée à l’infection par HPV, le risque de dégénérescence est faible et semble plus lié à une intoxication tabagique concomitante (Hobbs & Birchall, 2004126).

Deux types d’HPV sont carcinogènes :

l’HPV 16 et 18. Pour certains auteurs, ils agiraient en entraînant soit une mutation de TP53, soit une inactivation des protéines p53 et Rb par l’intermédiaire de deux oncoprotéines virales E6 et E7 (Mc Kaig et al., 1998 ; Shima et al., 2000; Temam et al., 2000127). Pour d’autres auteurs, ils n’interviendraient que comme co-carcinogènes (Park et al., 1992128). Même si les études ne sont pas unanimes quant à la participation de l’HPV dans la cancérogenèse des carcinomes des VADS, il est vraisemblable que cet agent infectieux rende compte d’une partie des carcinomes des VADS diagnostiqués chez les patients ne présentant pas d’intoxication éthylo-tabagique (5 à 10% en fonction des études) (IARC, 2004).

1.3.2. Etat dentaire :

Il est habituel de souligner le mauvais état dentaire des patients pris en charge pour un cancer des VADS. Toutefois il est difficile de faire la part entre ce qui pourrait être le reflet d’un contexte socioculturel et ce qui serait un agent causal incontestable.

On peut malgré tout supposer que les traumatismes dentaires répétés sur des chicots dentaires, les modifications du pH salivaire engendrées par une infection chronique, puissent avoir un rôle au moins comme cofacteurs, dans la genèse de ces cancers (Maier et al., 1993117).

Seule une étude chinoise a conclu qu’un mauvais état dentaire pouvait être un facteur de risque indépendant pour les cancers de la cavité buccale (Zheng et al., 1990129). Toutefois, la majorité des études tendent à montrer que l’impact de l’éthylo-tabagisme prévaut largement sur le contexte dentaire ou prothétique dentaire (Marshall et al., 1992130).

L’examen au quotidien des patients atteints d’un cancer des VADS permet de constater une élévation globale de l’hygiène bucco-dentaire. Néanmoins, aucune étude n’a montré que la baisse de fréquence de ce type de cancer, puisse avoir un rapport avec la meilleure hygiène buccale de la population, même si quelques études comme celle de Winn estiment que ce rôle existe, tout en reconnaissant qu’il reste modeste (Winn et al., 1991131).

1.3.3. Facteurs professionnels :

Ils sont difficiles à apprécier, car souvent étudiés dans des populations de patients porteurs d’un cancer des VADS, rarement dans des études cas-témoins. Il est difficile de faire la part des choses entre l’intoxication éthylo-tabagique et l’exposition à un éventuel toxique, ce d’autant que les patients sont dans la plupart du temps incapables de préciser à quel exposition ils sont soumis, du fait d’activités multiples avec des postes de travail variables.

Le facteur « temps » est également à prendre en compte. Hors les études toxicologiques étant pour la très grande majorité rétrospective, le facteur temps est difficile à évaluer. C’est dire qu’il faut prendre avec beaucoup de précautions les données sur les expositions professionnelles dans ce type de cancers. Il existe toutefois quelques études qui retrouvent un rôle pathogène à certaines expositions comme les métaux, en particulier le Nickel (IARC, 1990), les polyvinyles (Tabershaw & Gaffey, 1974132), l’exposition aux vapeurs de diesel (Muscat & Wynder, 1985133), les aérosols d’huile (Eisen et al., 1994134) et enfin l’amiante (Muscat & Winder, 1992135).

Bien connue pour être la cause de nombreux cancers du poumon et de la plèvre, l’amiante est donnée, dans les travaux de Muscat, comme facteur d’une élévation modérée mais non significative de la fréquence des cancers des VADS ; en revanche, il est prouvé que l’exposition augmente le risque chez le sujet tabagique (Gustavsson et al., 1998136).

1.3.4. Facteurs nutritionnels :

Un cas particulier mérite d’être individualisé, celui du syndrome de Plummer-Vinson ou Kelly patterson, décrit simultanément et respectivement aux Etats-Unis et en Grande Bretagne (Marandas et al.. 20041110). Il s’agit d’un syndrome associant une anémie sidéropénique et une atrophie des muqueuses digestives, retrouvé dans 50% à 90% des cas de cancers rétro-cricoïdiens (cancers hypopharyngés), notamment chez la femme, et ce en dehors de toute exogénose.

L’amélioration de la diététique avec l’apport de fer dans l’alimentation a fait chuter radicalement la fréquence de ce syndrome et de ce type de cancer (Rogers et al., 1993137). Les carences vitaminiques, notamment en Vitamine A (Vit A) (Wald, 1987138) et C (Block et al., 1991138) liées à une alimentation mal équilibrée, faciliteraient l’éclosion des cancers d’une façon générale. La moindre incidence des cancers en cas d’alimentation riche en légumes et en fruits est incontestable ; le risque de cancer de l’oropharynx est, par exemple, trois à cinq fois moindre selon l’importance relative de ce type d’alimentation (Negri et al., 1994139).

L’alimentation mal équilibrée qui caractérise les patients porteurs d’un cancer des VADS, pourrait être l’expression d’un contexte socio-économique, ou la traduction des désordres générés par l’alcoolisme autant que d’être de réels facteurs épidémiologiques, la valeur statistique de leur association au risque de cancer diminuant notablement lorsque les données sont ajustées sur le tabac et l’alcool (Franco et al., 1989140).

En raison de l’implication probable de carences vitaminiques dans la cancérogenèse des cancers des VADS, des essais thérapeutiques basés sur l’administration de dérivés de la Vit A ont été réalisés. Mackerras et ses collaborateurs ont ainsi pu démontrer que la prise de bétacarotène pouvait diminuer le nombre de cancers des VADS (Mackerras et al., 1988141).

Dans une première étude, Hong et ses collaborateurs avaient montré que l’administration d’un dérivé de la Vit A, l’Isotrétinoine, pouvait prévenir l’apparition d’un second cancer chez les patients ayant déjà eu un cancer des VADS (Hong et al., 1990142) ; ces résultats ont été infirmés récemment par la même équipe (Khuri et al., 2006143), dans une étude randomisée de phase III ayant inclus plus de mille patients. Dans le groupe de patients ayant reçu 30mg/24h d’Isotrétinoine, l’apparition de second cancers n’était pas significativement diminuée par rapport au groupe n’ayant pas reçu de traitement. Ces résultats sont en accord avec une étude française publiée en 1996 (Bolla et al., 1996144), qui avait également démontré l’absence de bénéfice de l’administration d’un rétinoïde pour prévenir l’apparition d’un second cancer.

1.3.5. Autres facteurs :

Déjà signalée par Almadori (Almadori et al., 1990145) en 1990 en Italie, la consommation de marijuana fait actuellement l’objet d’études aux Etats-Unis pour expliquer l’augmentation des cas chez les adultes de moins de 40 ans atteints de cancer des VADS, en particulier de la langue mobile (Marandas et al., 2004110). Ces études cliniques sont appuyées par des données expérimentales sur des modèles animaux (Zhang et al., 1999146).

2. Epidémiologie :

2.1. Epidémiologie en Algérie :

Le taux standardisé du cancer de larynx en 2008 est de 4 et se situe au 11ème rang des incidences chez l’homme. En 2009, l’incidence standardisée pour le cancer du sinus piriforme est de 0,1, l’hypo-pharynx 0,3 (0,2 chez la femme) l’incidence standardisée du larynx est de 4,13 (0,7 chez la femme). En 2010, l’incidence standardisée est de 5,02, cancer du sinus piriforme est de 0,1, l’hypo-pharynx 0,1, celui du larynx est de 5 (0,3 chez la femme). En 2011, l’incidence standardisée est de 6 chez l’homme et 0,4 chez la femme pour le cancer du larynx. D’après le registre du cancer de Sétif, entre 2001 et 2010, il y a eu 332 de cancers du larynx (290 homes et 42 femmes). L’incidence brute 3,9 pour 100 000 habitants pour l’homme et 0,6 pour la femme. L’incidence standardisé (6,2). D’après le registre du cancer d’Oran, entre 1996 et 2005, il a été trouvé une incidence standardisée (7).

2.2. Dans le monde :

La comparaison de ces deux localisations, larynx et hypopharynx, à travers le monde, a été particulièrement étudiée par Nectoux et al.

2.2.1. Cancer du larynx :

C’est dans l’état de Sao Paolo au Brésil qu’on relève le taux standardisé de cancer du larynx le plus élevé (17,6) suivi de Varèse en Italie (16,2), de Saragosse en Espagne (15,5), du Connecticut aux Etats-Unis (12,6), et en France du Doubs (12,6) et du Bas Rhin (12,4), de la Slovaquie (10,5). La plus forte incidence pour les cancers de la glotte est retrouvée en Hongrie (7,6) et à Hawai (7,4).

2.2.2. Cancers de l’hypopharynx :

La fréquence la plus importante est observée en France dans le Calvados (16,5) et le Bas Rhin (11,9), puis en Inde à Bombay (9,9) et à Nagpur (6,5). Le taux le plus faible est observé en Israël (0,3). Parmi les cancers hypopharyngés, la localisation rétro-crico¬aryténoïdienne se rencontre en Nouvelle Zélande, en Égypte, en Irak, au Koweit, en Grande Bretagne, et, ce, principalement chez la femme.

3. Facteurs étiologiques :

Plusieurs facteurs exogènes sont impliqués. Figurent en première place le tabac et l’alcool.

3.1. Tabac :

Dans toutes les études publiées, le risque de cancer croît avec l’intensité et l’ancienneté du tabagisme. Actuellement, on estime que le seuil critique se situe à 20 paquets-année. D’autres facteurs entrent en jeu :

• L’inhalation de la fumée de cigarette qui augmente le risque ;

• La longueur du mégot, car c’est dans le mégot réduit que s’accumule le plus de substances toxiques ;

• Le type de tabac. Le tabac brun est plus toxique pour les VADS que le tabac blond qui est plus toxique pour les poumons ;

• La cigarette est plus toxique que le cigare.

3.2. Alcool :

Le taux de décès par cancers des VADS est quatre fois plus élevé chez les alcooliques que dans la population générale. La consommation d’alcool est particulièrement élevée dans les cancers de l’hypopharynx (mais aussi de l’oropharynx et de la cavité buccale)

. Elle est faible dans les cancers de l’endolarynx. Les intoxications alcoolique et tabagique sont souvent intriquées : toutes les études mettent en évidence que ces deux facteurs interviennent non pas en additionnant leurs risques propres, mais en le multipliant. Cette synergie vaut particulièrement, en ce qui nous concerne, pour les cancers de l’hypopharynx. En revanche pour le cancer du larynx, on retrouve le tabac seul, l’alcool et le tabac, mais jamais l’alcool seul.

L’alcool seul, à la différence du tabac, ne provoque pas de cancer chez l’animal mais peut jouer d’autres rôles :

• A titre de solvant des produits cancérigènes du tabac, il favorise leur pénétration.

• Dans les boissons, il peut se trouver des produits cancérigènes, comme les nitrosamines, ce qui est le cas de la bière.

• L’alcool entraîne une dysrégulation du système enzymatique cytochrome P450.

• L’alcool intervient par le rôle irritatif local de l’éthanol et diminue la protection de la muqueuse par la salive.

• L’alcool induit des déficiences nutritionnelles importantes avec hypovitaminoses qui, elles„ facilitent la survenue de cancers.

3.3. Facteurs professionnels :

L’exposition aux vapeurs de diesel et la fabrication de caoutchoucs augmentent de façon significative la survenue de cancers du larynx. Les brouillards d’huile sont des facteurs favorisants le cancer du larynx.

3.4. Facteurs nutritionnels :

L’association d’une anémie ferriprive à une dysphagie postcricoïdienne (syndrome de Plummer Vinson) est corrélée à un risque accru de cancer de l’hypopharynx et plus spécialement au cancer rétro-cricoïdien.

3.5. Facteurs viraux :

Deux types d’HPV sont carcinogènes : l’HPV16 et l’HPV18. Ils agissent en entraînant une mutation du gène P53. En cancérologie ORL, les cancers de l’oropharynx sont les plus souvent associés à l’infection HPV. Le rôle et l’incidence de ces infections sont beaucoup moins décrits dans la littérature pour les cancers du larynx et surtout de l’hypopharynx.

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