Les allergies alimentaires chez l’enfant

Les allergies alimentaires sont plus fréquentes chez les enfants ou les adolescents que chez les nourrissons. Elles sont également trois fois plus fréquentes chez les enfants que chez les adultes. Les aliments responsables deviennent plus nombreux avec l'âge, alors que, chez le nourrisson, les deux allergènes les plus fréquents sont le lait de vache et l'œuf de poule.

1- COMMENT SE MANIFESTE UNE ALLERGIE ALIMENTAIRE ?

Les nourrissons peuvent faire une urticaire, éruption de boutons en plaques comme des piqûres d'orties, qui démange fortement, ou une poussée d'eczéma Ces symptômes cutanés peuvent disparaître en quelques heures ou se compliquer d'un œdème plus ou moins sévère selon sa localisation sur les paupières, les lèvres ou les muqueuses..., de symptômes ORL tels que rhinite ou conjonctivite, ou de symptômes digestifs comme une diarrhée, des douleurs abdominales ou des régurgitations. Ces signes surviennent dans les 2 heures au plus de l'ingestion de l'aliment responsable. Si l'allergie est retardée, il s'agit d'un autre mécanisme immunitaire, l'hypersensibilité retardée, responsable notamment de certaines manifestations digestives. Diarrhée chronique, vomissements, altération de la croissance. Chez les enfants, les symptômes les plus fréquents sont les urticaires, aiguës ou récidivantes, l'œdème laryngé qui se manifeste par une gêne respiratoire et une voix rauque, l'asthme avec une toux, un essoufflement, des sifflements dans la poitrine, la rhinite, la conjonctivite. Les réactions générales ou anaphylactiques

qui associent des manifestations touchant plusieurs organes 110 peau : urticaire-œdème ; la respiration : toux, gêne, sifflement; le tube digestif: douleurs intenses ou crampes abdominales...(et/ou la circulation (hypotension, malaise caractérisant le choc anaphylactique, douleurs abdominales, confusion) touchent 6 à 10 % des enfants allergiques alimentaires, mais leur fréquence est en augmentation chez les adolescents. Les symptômes digestifs tels que nausées, vomissements, diarrhée et douleurs abdominales sont fréquents. Le syndrome d'allergie orale, allergie aux aliments végétaux chez une personne allergique aux pollens, est plus fréquent après l'âge de 10 ans. Certains enfants souffrant d'une allergie alimentaire par ingestion peuvent développer des symptômes d'allergie après l'inhalation de particules allergéniques en suspension dans l'air, par exemple en épluchant du céleri ou des carottes, en manipulant des cacahuètes, des poissons ou des fruits de mer, en respirant des vapeurs de cuisson de poisson, de cacahuètes, de lentilles, de sarrasin, etc.) Ils réagissent à de très faibles quantités d'allergène; on dit qu'ils ont un « seuilréactogène bas ».

2- QUELLE EST LEUR FREQUENCE ?

Dans une étude transversale par questionnaire effectuée chez 3 500 enfants d'âge scolaire, (4,7%) des 2 à 14 ans avaient une vraie allergie alimentaire. Les fréquences en fonction de l'âge étaient les suivantes : 4 % de 2 à 5 ans; (6,8%) de 6 à 10 ans et (3,4%) de 11 à 14 ans. Les aliments en cause étaient le lait de vache (11,9 %), l'œuf de poule (9,4 %), le kiwi (9%), l'arachide (8,2%), le poisson (7,8%), les fruits à coque autres que l'arachide (7,8%) et les crevettes (5,3%). 9n manque encore de données sur la fréquence de l'allergie alimentaire chez le nourrisson en France. C’est pourtant ô cette période que peuvent se produire les premières manifestations, notamment vis-à-vis du lait de vache, ou d'autres aliments au moment de la diversification.

3- COMMENT IDENTIFIER UNE ALLERGIE ALIMENTAIRE ?

Il est conseillé de s'assurer de la réalité de l'allergie avant de s'imposer des exclusions alimentaires. Interdire inutilement un aliment risque de provoquer une perte de tolérance et le développement d'une allergie. Un long interrogatoire par un spécialiste puis des tests cutanés et des prick-tests souvent réalisés avec une petite quantité de l'aliment suspecté permet1ent d'identifier l'aliment en cause. 90% des allergies alimentaires viennent de l'œuf, du lait de vache, de l'arachide et des fruits à coque, et du poisson.

Cependant, un test cutané ou biologique positif ne suffit pas. Il faut que l'enfant présente des symptômes en rapport. Par exemple, si votre enfant a un eczéma mo-déré, présente un test positif à l'œuf mais qu'il en mange sans problème, il ne faut surtout pas lui interdire cette consommation. Si la sensibilisation biologique concerne un aliment qu'il n'a pas encore consommé, le spécialiste dira s'il faut ou non retarder l'introduction de l'aliment. À l'inverse, si les examens sont négatifs et qu'il existe une forte présomption d'allergie de type immédiat, le médecin allergologue pourra décider d'un test de provocation orale à l'hôpital. Si ce test est négatif, l'enfant n'est pas allergique à l'aliment concerné et peut en manger. Dans les cas difficiles, comme les réactions croisées, le diagnostic aIlergologique moléculaire, qui utilise des allergènes purifiés ou de recombinaison pour les tests cutanés et surtout pour le dosage des IgE spécifiques, permet d'affiner le diagnostic et. Parfois, de prévoir la gravité de l'allergie lorsque les symptômes sont en faveur d'une intolérance ou d'une allergie retardée, les médecins affirment le diagnostic si l'éviction de l'aliment suspect pendant au moins 4 à 6 semaines améliore les symptômes et si sa réintroduction provoque une rechute. Les prick-tests et le dosage des IgE seraient négatifs si on les pratiquait. Le patch-test qui pourrait affirmer le diagnostic s'il est positif n'est pas systématiquement réalisé car il est difficile à interpréter, coûteux, et n'élimine pas le diagnostic quand il est négatif.

4- QUE FAIRE ?

Si 60 à 80% des allergies ou lait de vache ou à l'œuf de poule guérissent spontanément avant l'âge de 3 ans, certains enfants ont une allergie persistante, le plus souvent pour des quantités faibles d'allergène La guérison spontanée des autres allergies alimentaires, arachide, fruits à coque, blé, kiwi, etc., est aléatoire. Seuls 10 à 20% des enfants atteints d'allergie à l'arachide pourraient guérir, mais la plupart de ceux qui guérissent avaient des symptômes initialement bénins.

LE REGIME D'EVICTION

L'allergie et l'intolérance impliquent un régime d'éviction de l'aliment allergisant. Pour les aliments essentiels aux nourrissons comme le lait de vache, des laits de substitution sont nécessaires. Le lait de vache est remplacé par des laits de substitution à base d'hydrolysats de protéines ou, si besoin, à base d'acides aminés dans les rares cas d'allergie aux hydrolysats. Les hydrolysats de protéines du riz sont une alternative végétale. Ces laits contiennent des éléments minéraux, glucides, protéines et lipides en quantité et proportion qui permettent une croissance harmonieuse du bébé, de son système immunitaire et de son cerveau. Les laits commercialisés en pharmacie sont adoptés, ceux des commerces alimentaires ne le sont pas. En cas d'allergie au lait ou moment de la diversification alimentaire, d'autres aliments ne doivent pas être consommés: crème fraîche, beurre, fromages, yaourts ou aliments industriels contenant du lait comme les petits pots, les gâteaux... C’est le cas aussi pour d'autres allergènes comme l'œuf ou l'arachide, présents dans de nombreux aliments. Le régime devient alors compliqué et vous devez apprendre à décrypter les étiquettes alimentaires. Les principaux aliments en cause dans l'allergie alimentaire sont à étiquetage obligatoire dans la liste des ingrédients. Le médecin prescrira une trousse d'urgence car il existe toujours un risque de consommer par inadvertance l'aliment allergisant.

À QUEL MOMENT REINTRODUIRE L'ALIMENT ALLERGISANT ?

La réintroduction de l'aliment ne se fera qu'après avis médical et, dans la majorité des cas, en milieu hospitalier Elle sera possible en moyenne après une éviction de 12 à 18 mois pour le lait, entre 2 et 3 ans pour l'œuf, 6 et 7 ans pour l'arachide. La guérison spontanée est plus rapide en cas d'intolérance qu’en ca d’allergie immédiate. Certaines allergies alimentaires diagnostiquées chez le nourrisson n'ont toujours pas guéri à l'âge de 5 ans. Dans ces cas et notamment pour les aliments de consommation courante comme le lait de vache ou l'œuf. Une induction de tolérance ou une immunothérapie sont à discuter au cas par cas avec un médecin expérimenté dans cette proposition de prise en charge.

5- COMMENT EVOLUENT LES ALLERGIES ALIMENTAIRES?

Les allergies alimentaires apparaissent au fil de la vie, en fonction de la diversification alimentaire et de l'introduction de nouveaux aliments. La première manifestation peut toutefois survenir lors du premier contact avec l'aliment, le premier biberon de lait maternisé après un allaitement maternel, ou le premier biscuit apéritif contenant de la cacahuète, car le corps l'a déjà rencontré, par exemple au contact de la peau ou par des particules respirées. En France, si les allergies les plus fréquentes sont celles au lait de vache, à l'œuf, à l'arachide et aux fruits à coque, tous les aliments peuvent néanmoins donner une allergie alimentaire. On distingue classiquement les allergies de bon pronostic de celles qui persistent au fil de la vie. Le pronostic peut être lié à l'aliment, mais aussi au mécanisme immunologique qui explique la réaction. Ainsi, l'allergie aux protéines du lait de vache ou de l'œuf évolue dans la très grande majorité des cas vers la guérison alors que l'allergie à l'arachide et aux fruits à coque persiste au long de la vie. Les allergies qui ne sont pas liées aux immunoglobulines E ont tendance à évoluer plus favorablement avec le temps. l'AllergIe Au lAIt De vAche Le diagnostic d'allergie au lait de vache est précoce, soit après un accident aigu qui peut être sérieux au premier contact avec le lait de vache au moment du sevrage, soit devant des manifestations plus chroniques comme un eczéma qui résiste au traitement, ou certains signes digestifs tels que des régurgitations importantes, une diarrhée, du sang dans les selles, un poids qui n'augmente plus. Après quelques mois d'éviction, vous pouvez réintroduire le lait dans l'alimentation vers l'âge d'un an, le plus souvent à l'hôpital sous surveillance médicale. On observe dans la majorité des cas une guérison. Toutefois, un petit pourcentage d'enfants garde une allergie aux protéines du lait de vache. Il s'agit de formes liées aux immunoglobulines E, anticorps le plus souvent dirigés vers la caséine, une des principales protéines du lait de vache Chez ces enfants, l'évolution vers la guérison est plus difficile, mois peut arriver jusqu'à l'âge adulte. Certains de ces enfants peuvent manger du lait de vache sous forme cuite, par exemple dons des biscuits, alors qu'ils ne tolèrent toujours pas le lait cru, les yaourts ou le fromage.

L'ALLERGIE AUX ŒUFS

De poule L'allergie aux protéines de l'œuf de poule, également fréquente, est associée à un bon pronostic avec une guérison qui est souvent observée vers l'âge de 2 ans. Toutefois, on observe des formes persistantes d'allergie à l'œuf, ou 10 possibilité de tolérer l'œuf sous forme cuite, contrairement à l'œuf sous forme crue ou peu cuite (blanc en neige, mousse ou chocolat, mayonnaise, omelette...). Ce sont des protéines qui résistent à la chaleur, comme l'ovomucoïde, qui sont alors en cause En cas de sensibilisation à l'ovomucoïde, le risque de développer une allergie persistante à toutes les présentations de l'œuf est plus important.

L’ALLERGIE À L'ARACHIDE ETAUX FRUITS À COQUE

L'allergie à l'arachide évolue beaucoup plus rarement vers la guérison. Chez les enfants qui ont une sensibilisation cutanée à l'arachide prouvée par un prick-test ou un test sanguin, mois n'ont jamais consommé cet aliment, un test de provocation, en milieu hospitalier et sous surveillance médicale, peut affirmer l'existence d'une authentique allergie. L'arachide fait partie de la famille des légumineuses, comme la lentille, le petit pois, la fève, le pois chiche, certains haricots, le soja, le lupin. Il y a donc un risque d'allergie alimentaire croisée entre ces aliments.

Toutefois, ces allergies sont plutôt rares. En revanche, bien qu'il n'existe pas de similitude botanique, on constate fréquemment l'association à une allergie aux fruits à coque. On constate aussi que ces sensibilisations aux fruits à coque peuvent ou fil du temps compléter l'allergie à l'arachide. Par conséquent, il est nécessaire, en cas de diagnostic d'allergie à l'arachide, de rechercher une allergie associée aux fruits à coque. Comme pour l'arachide, l'allergie aux fruits à coque a tendance à persister avec le temps, sons processus de guérison



RUBRIQUE: Revue ANOL N°13